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Au revoir Karl Lagerfeld

Avec la disparition de Karl Lagerfeld, directeur artistique de Chanel, on entend ici et là que le dernier des grands couturiers est mort. Jean Paul Gaultier et une poignée de ses confrères démentent ce constat mais force est de constater que les temps ont changé, l’époque des grands touche irrévocablement à sa fin. Aujourd'hui, les jeunes talents sont embauchés par des maisons prestigieuses appartenant à de grands groupes fortunés pouvant se permettre d’acheter un créateur, il n’est donc plus aussi facile de se lancer seul dans ce milieu quand tout doit être rentable.

En 2006, ma vie m’a amené au cœur de l’empire Chanel rue Cambon à Paris dans le même immeuble où autrefois Coco Chanel vivait et où aussi bien la boutique phare que la haute couture cohabitent encore aujourd’hui. Je peux vous avouer que rentrer dans la boutique 29-31 rue Cambon est tout sauf ordinaire ! J’avais l’impression d'être arrivé au sommet de la mode française, et qu'il était difficile d'aller plus haut. Rue Cambon où les chaussures s’enfoncent dans l’épaisse moquette beige, où les murs sont tous d'un blanc immaculé et les étagères bien évidemment noires pour reprendre les codes couleurs du fameux logo Chanel. De toute évidence, un monde à part réservé aux « happy few ». Dans cette boutique, une trentaine de personnes vétues de noir vous accueillent au garde à vous et les vendeuses doivent s'asperger de parfums Chanel pour que le client sente toute de suite en entrant qu'il est bien arrivé au bon endroit.

A Cambon, on croise essentiellement les touristes chinois et américains et ceux du Moyen Orient pour ne citer qu'eux mais aussi des stars françaises et étrangères et puis quand même une clientèle un peu plus ordinaire. Une expérience incroyable où l'on ne sait jamais qui franchit le seuil de la porte, comme un samedi matin quand la première dame française de l’époque entre toute seule dans ce bel écrin en saluant simplement le personnel. Il faut donc être préparé à tout et ne s'étonner de rien.

La rigueur est de mise aussi bien en boutique que dans le « Studio » comme on appelle le lieu où le maître travaillait avec ses assistants. Chez Chanel, j’ai travaillé comme souvent à travers les années dans les sacs et j’y ai beaucoup appris sur les différentes peaux, cuirs, python, crocodile et comment deviner si la qualité est bien au rendez-vous. Depuis peu, sous la direction de Karl Lagerfeld, la maison Chanel a fait ses premiers pas envers la mode éthique en arrêtant les créations à base de peaux exotiques et de fourrure. Mais il y a encore du chemin à parcourir avant que Chanel ne devienne complètement « cruelty free ». Quoiqu'il en soit, j’utilise aujourd'hui les mêmes méthodes inculquées chez Chanel pour appécier la qualité des sacs, mais dorénavant sur du cuir végétal.

Pendant cette période je n’ai pas eu la chance de croiser le Kaiser, mais il passait parfois par la boutique. Il était selon mes collègues plutôt agréable avec le personnel et avait une approche simple, même si cela ne suffisait pas pour se sentir à l'aise face à ce génie de la haute couture qui nous manquera asurrément. Au revoir Monsieur Lagerfeld et merci pour votre immense talent qui continuera longtemps à nous faire rêver.

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